Pour les demandes d'exposition, les œuvres disponibles et les collaborations, merci de contacter l'atelier.
The Bird, the Thread, and the Open Sea est une série artistique pluridisciplinaire d'Esmeralda Kosmatopoulos, textile et sonore, qui réinvente le poème soufi de Farid al-Din Attâr, La Conférence des oiseaux, en le faisant passer du temps du récit à un espace que l'on parcourt. Elle demande comment un voyage peut avoir lieu sans départ, comment l'identité peut émerger par fragments, et comment l'espace peut tenir lieu de récit comme lieu de la transformation.
The Bird, the Thread, and the Open Sea réinvente La Conférence des oiseaux d'Attâr comme une expérience d'orientation plutôt que comme une histoire à suivre. Le projet demande comment un voyage peut commencer avant le départ, et comment des fragments de mythe peuvent devenir les coordonnées d'un passage intérieur. La série se déploie en trois chapitres reliés : Wings (after Attâr), archipeLogos et Thirty Birds. Chacun traduit un aspect différent du poème en forme matérielle, spatiale ou sonore, déplaçant peu à peu le voyage du temps du récit vers un espace que l'on parcourt.
Au centre du projet, Wings (after Attâr) réunit cinq ailes textiles monumentales suspendues dans l'espace. Inspirées d'oiseaux du poème d'Attâr, elles sont détachées de tout corps et tenues en tension par des cordes ancrées à des sacs de sable posés au sol. Les ailes restent prises entre gravité et ascension, tandis que leurs supports visibles en font des formes suspendues quelque part entre fragments anatomiques et voiles. Rien ne vole, mais la possibilité du départ est contenue dans l'œuvre.
Les cordes tracent des lignes de force, tandis que le sable sert de lest, faisant glisser l'œuvre d'une image aérienne vers une image maritime. Des forces opposées se maintiennent mutuellement : le poids et la portance, l'ancrage et le départ, la terre et le ciel. Rien ne bouge physiquement, mais chaque élément reste orienté vers le mouvement. Les ailes occupent le seuil instable qui précède le passage, quand un voyage n'a pas encore commencé mais est déjà devenu imaginable.
Dans archipeLogos, de longs textiles bleus translucides brodés à la main portent des fragments du poème d'Attâr en anglais. Répartis dans l'espace, le texte ne peut plus être lu de façon linéaire. Le poème est brisé et recomposé en une géographie fragmentée que le visiteur doit parcourir, reliant des passages éloignés et construisant entre eux des itinéraires provisoires. Le récit n'est plus contenu dans la page ; il devient paysage.
Thirty Birds prolonge ce déplacement dans le son. Des enregistrements d'oiseaux réalisés au cours d'un voyage en Mésopotamie sont associés à des fragments chuchotés du poème d'Attâr, dits par la voix de l'artiste. Les mots surgissent, hésitent, reviennent et se dissolvent dans le silence. Le poème écrit devient voix, rythme et atmosphère, enveloppant le visiteur sans imposer un sens unique d'écoute.
L'installation ne peut être saisie d'un seul coup. Ses ailes, ses cordes, ses ombres, ses sons et ses surfaces changeantes forment un labyrinthe poreux dans lequel il faut entrer plutôt que de l'observer. Le visiteur traverse une fable devenue géographie, traçant des correspondances et reconstruisant un mythe dispersé.
Son parcours devient la dimension cinétique d'un ensemble d'œuvres qui reste physiquement immobile — une navigation intérieure dans un environnement tenu en suspens. Le voyage ne réside plus dans les oiseaux, mais dans l'expérience du passage : un déplacement intérieur rendu tangible par la matière. L'immobilité devient un médium plutôt qu'une absence, permettant une forme de navigation sans déplacement physique.
The Bird, the Thread, and the Open Sea se sert du fragment pour approcher l'intime. Des éléments existants — mythes, vers et images — sont recomposés en un récit intérieur. Dans ce glissement, les oiseaux ne sont plus des personnages mais des coordonnées intérieures : non pas des portraits psychologiques, mais des axes d'orientation à partir desquels prend forme une cartographie intérieure.
Ils n'apparaissent pas comme des animaux naturalistes, mais comme des porteurs d'intériorité humaine — des médiateurs pour ce qui reste instinctif, instable ou difficile à formuler. Ce qui est exploré n'est pas une identité fixe, mais une multiplicité d'orientations possibles : des parties qu'il faut assembler plutôt que les expressions d'une essence stable. La fable et l'animal ne sont pas des détours, mais des méthodes pour approcher ce qui bouge en nous même lorsque le corps reste immobile.
Rien ne bouge, et pourtant un voyage a lieu.
Le poème devient espace.
L'espace devient passage.
Le passage devient interprétation.
Ce qui se déploie n'est pas un envol — mais une manière d'habiter l'immobile.