L'Acte I ouvre la fable par un geste d'extraction. Icare rêve d'entrer dans le royaume céleste d'Horus. Pour construire les ailes qui le porteront au-delà de la condition humaine, il abat les arbres qui l'entourent, transformant le monde vivant en matériau pour son ascension.
Pourtant, Icare n'apparaît jamais dans l'installation. Sa présence se reconstitue entièrement à travers les conséquences de ses actes : un tronc brisé, une terre sèche et les restes d'un paysage épuisé. La nature a été réduite à des fragments après avoir été consumée par le projet humain.
Au-dessus de ce sol désolé, l'œil d'or monumental d'Horus veille et pleure. Horus voit ce qu'Icare, absorbé par son ambition, ne peut ou ne veut pas reconnaître. Ses larmes introduisent le deuil avant l'avertissement ou la riposte. Il n'intervient pas encore ; il est témoin de la destruction et pleure le monde qui se consume.
La scène tient cette action en suspens. Horus reste figé dans l'acte de regarder et de pleurer, tandis que le paysage abîmé conserve l'action de l'Icare absent. La forêt n'est plus en train d'être abattue, mais sa destruction ne s'est pas encore déposée dans le passé. Cause et conséquence restent physiquement présentes dans le même instant figé.
En retirant Icare de la scène, l'installation détourne l'attention de la figure héroïque traditionnellement placée au centre du mythe. Le paysage blessé et le dieu qui le contemple deviennent les protagonistes. L'ambition humaine est représentée par ce qu'elle extrait et laisse derrière elle plutôt que par celui qui l'accomplit.
L'Acte I ressemble à un fragment de décor de théâtre dans lequel le visiteur peut entrer. Son tronc brisé, son œil suspendu et son sol stérile forment une fable spatiale dont les relations doivent être reconstruites en se déplaçant. Une franchise presque enfantine et une absurdité sous-jacente donnent à la scène la simplicité apparente d'un conte moral, tandis que son vide révèle la violence qui se cache dessous.
L'Acte I marque le début du cycle : la nature est consumée dans la quête d'élévation, tandis que l'humain reste absent des dégâts qu'il a produits.
L'instrument de l'ascension commence par un acte de destruction.