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Hayat al-Hayat

Hayat al-Hayat est une série de vingt œuvres textiles en khayamiya d'Esmeralda Kosmatopoulos, chacune accompagnée d'un poème, qui suit une femme-serpent refusant la maternité et découvrant d'autres formes de fécondité — dans le langage, la création et le désir.

MÉDIUM

Textile

MATÉRIAUX

Coton égyptien, tissu découpé et appliqué à la main (khayamiya)

ANNÉE

2025 – 2026

À propos

Hayat al-Hayat appartient à Serpents, Jinns, Chimeras and Other Wonders. Là où The Jinn from the West met en fiction le rôle d'épouse, cette série se tourne vers le rôle de mère — et vers ce qui se passe lorsque le corps d'une femme refuse l'avenir qui lui est assigné. Ancrée dans le choix personnel de Kosmatopoulos de ne pas avoir d'enfants, l'œuvre dépasse l'autobiographie directe en donnant à ce refus la forme d'un mythe contemporain du serpent.

La série part d'une injonction culturelle tenace : la maternité serait l'horizon à l'aune duquel se mesure l'identité féminine, et une femme sans enfant resterait en quelque sorte incomplète, comme si un ventre vide était un espace qui attend encore d'être corrigé. Hayat al-Hayat demande ce qui devient possible une fois cette injonction refusée sans détour.

Sur vingt panneaux, une femme-serpent traverse un monde tiré des miniatures islamiques et de l'imagerie soufie — sensuel, multiple et ambigu. Elle n'est pas une simple figure de libération. Elle traverse l'exil, le rejet et la colère ; elle échappe au charmeur qui tente de la contenir, se glisse hors du cadre qui voudrait la fixer dans un sens unique et refuse d'enfanter. Son ventre percé ne signifie pas une absence en attente d'être comblée. C'est une ouverture par laquelle un autre langage peut émerger.

Rejetée par le monde qui l'entoure, elle se retire dans l'abîme et reçoit le feu. Le feu porte la rage, mais aussi la possibilité d'une métamorphose : il brûle le récit imposé à son corps et permet de bâtir un autre monde à partir de ce qui reste — un monde où le corps féminin existe comme matière vivante, désirante et libre de se déterminer, plutôt que comme fonction reproductive.

Chaque textile est accompagné d'un poème, l'image et le texte avançant ensemble plutôt que l'un illustrant l'autre. Les vingt œuvres se déploient comme les étapes du passage de la femme-serpent, tandis que les panneaux de khayamiya réunissent l'écriture et l'image dans un même champ narratif. Ensemble, ils produisent une mythologie d'une autre fécondité : celle du langage, du plaisir, du silence, de l'abandon, de l'imagination, du souffle, de la création et du désir. La femme-serpent ne rejette pas la vie. Elle en détourne les cycles, éloignant la fécondité de la continuité biologique pour la tourner vers la capacité de façonner, de transformer et de faire naître d'autres formes.

Le titre repose sur la proximité de deux mots arabes : hayat, la vie, et hayya, le serpent — séparés par une seule lettre, ils ouvrent sur des mondes entremêlés. Hayat al-Hayat peut signifier la vie des serpents, ou la vie elle-même.

Ancré dans des traditions soufies où l'absence peut déjà contenir la présence, le projet circule entre le vide et le plein, la chair et la lumière, le silence et le cri. Il ne s'oppose pas à la maternité et n'en diminue pas le sens. Il interroge la manière dont la maternité est imposée comme l'accomplissement inévitable de l'existence féminine, souvent au détriment d'autres vies possibles.

Dans sa part la plus intime, la série est aussi une lettre adressée à la grossesse que l'artiste n'a jamais désirée — une explication de la raison pour laquelle elle n'est jamais venue, qui ne relève ni de l'échec ni du regret.

Ce qui ne s'est pas transmis par la chair se porte ailleurs — dans le tissu, le langage, l'image et la création.

L'histoire

Hayat al-Hayat, textile 1 of 20: The Reed’s Sigh
01 / 20

Le soupir du roseau

Le roseau soupire l'appel de la Source.
Sortilèges anciens, d'avant les lunes.
Chaque note enlace,
les corps tremblent.
Le monde, doucement, se referme.

Hayat al-Hayat, textile 2 of 20: The Captured Gaze
02 / 20

Le regard captif

L'œil frôle l'œil.
Dans la pupille,
le vertige d'un ancien décret.
Un souffle, un frisson.
L'instant se fige.
Elle le voit. Il la retient.

Hayat al-Hayat, textile 3 of 20: The Moon at the Sun
03 / 20

La lune au soleil

Dans l'étreinte des murs,
des mains tissent un nid.
Le corps fertile veille,
lune suspendue avant le crépuscule.
Le commencement tremble.
Le temps retient son souffle.

Hayat al-Hayat, textile 4 of 20: The Crowning of the Egg
04 / 20

Le couronnement de l'œuf

Statue sacrée, au faîte de sa gloire,
Couronne céleste
sur son ventre vidé.
En bas, les regards s'inclinent devant le commencement.
Sous la poussière de lune,
le vide veille.

Hayat al-Hayat, textile 5 of 20: The Forgotten One’s Ball
05 / 20

Le bal de l'oubliée

Aux fenêtres, la fête tourne,
Souffle suspendu
hors du monde, hors du temps.
La vie danse sans elle.
Un cercle sans fin autour du commencement.

Hayat al-Hayat, textile 6 of 20: The Night’s Forgetting
06 / 20

L'oubli de la nuit

Ce qui ne donne rien ne se garde pas.
Des mains, des portes closes,
fermées aux âmes percées.
Une étoile tombe,
Dans la nuit sans lune.
Un souffle, puis plus rien.

Hayat al-Hayat, textile 7 of 20: The Simurgh’s Embrace
07 / 20

L'étreinte du Simurgh

Sous l'aile infinie du Simurgh,
le ventre s'ouvre au souffle,
Écho de mille vents.
Elle se dissout dans la plume,
Avec la mer pour seul témoin.
Sans nom, elle renaît.
Une nouvelle lune l'appelle.

Hayat al-Hayat, textile 8 of 20: The Flame that Forges
08 / 20

La flamme qui forge

La mer se referme.
La pierre s'ouvre.
Dans le creux, une flamme danse,
douce, farouche.
Le feu ne se saisit pas.
Il entre, il consume.

Hayat al-Hayat, textile 9 of 20: A New World With no End
09 / 20

Un monde nouveau sans fin

Les sabots de Bouraq
fendent un ciel sans lune.
Ils traversent le vide,
Sans commencement, sans fin,
Sans forme, sans nom.
Une lumière jaillit,
plus vive que le néant.

Hayat al-Hayat, textile 10 of 20: What Still Burns
10 / 20

Ce qui brûle encore

La mer se souvient
des âmes de passage.
Pleine de vide, elle déborde.
Le feu trace sa frontière.
Mille flammes contre l'oubli.
Illuminer.

Hayat al-Hayat, textile 11 of 20: Wound in the Wind
11 / 20

Blessure dans le vent

Le sable saigne.
Les sabots frappent.
Le vent exhume les cris.
La morsure fend la peau.
Le muscle se souvient.
La chair contre la lumière.
L'ombre contre le nerf.
La vérité éclate.

Hayat al-Hayat, textile 12 of 20: The Throat of the Void
12 / 20

La gorge du vide

L'homme devient silence.
L'arbre ne tremble pas.
Dans l'ombre, elles se lèvent —
échos d'un ventre ouvert,
chœurs anciens,
naissance sans fin.
Elle n'est plus seule.

Hayat al-Hayat, textile 13 of 20: Birth of the Thousand Heads
13 / 20

Naissance des mille têtes

Ventres vides, portes ouvertes.
De chacun naît une armée.
Pleine de rien, forte de tout.
Mille souffles — une seule voix.
La terre frémit,
puis s'incline.

Hayat al-Hayat, textile 14 of 20: Rage and Sand, Ash and Wind
14 / 20

Rage et sable, cendre et vent

Dans la poussière, la rage éclate.
Un corps, mille têtes,
un creux béant.
Le vent danse.
La terre tremble.
Le camp s'efface.

Hayat al-Hayat, textile 15 of 20: Unifying the Void
15 / 20

Unir le vide

Un corps, deux souffles.
L'un déchire, l'autre enlace.
Dents serrées, iris effleuré.
Sous l'ombre, une paix fragile.
Le silence ne blesse plus.
Le monde respire.

Hayat al-Hayat, textile 16 of 20: The Radiance of Return
16 / 20

L'éclat du retour

Ce qui a fui retrouve sa forme oubliée.
Absente parmi les vivants,
la lune efface les blessures.
Les bras s'ouvrent.
Le vide se remplit.
Les yeux ne cherchent plus.

Hayat al-Hayat, textile 17 of 20: Come, I’ll Take You
17 / 20

Viens, je t'emmène

Seule avec le vide,
une autre voix s'élève.
La lune noire rejoint la pleine.
L'ombre touche la lumière.
Le vide s'ouvre —
il devient chemin.
Tout renaît.

Hayat al-Hayat, textile 18 of 20: The Man of Pleasure
18 / 20

L'homme du plaisir

Quand le corps n'attend rien,
il reçoit tout.
La chair tremble,
la peau s'étire.
L'instant la traverse.
Rien à porter, rien à retenir.
Seulement l'abandon.

Hayat al-Hayat, textile 19 of 20: The Fertile of the Void
19 / 20

La féconde du vide

Rien n'a été semé.
Rien n'est fait pour fleurir.
Des ventres ouverts au vent.
Sans graines, sans fruits,
Ils font bouger la lune.
Le ciel se tait.
Le monde écoute.

Hayat al-Hayat, textile 20 of 20: Fertile Abyss
20 / 20

Abîme fertile

Rien ne pousse — tout palpite.
Pleine de vide, vide de peur,
elle devient monde.
Sans œuf et sans attente.
L'invisible bouge.
Créer.

Notes d'atelier