L'histoire

Le soupir du roseau
Le roseau soupire l'appel de la Source.
Sortilèges anciens, d'avant les lunes.
Chaque note enlace,
les corps tremblent.
Le monde, doucement, se referme.

Le regard captif
L'œil frôle l'œil.
Dans la pupille,
le vertige d'un ancien décret.
Un souffle, un frisson.
L'instant se fige.
Elle le voit. Il la retient.

La lune au soleil
Dans l'étreinte des murs,
des mains tissent un nid.
Le corps fertile veille,
lune suspendue avant le crépuscule.
Le commencement tremble.
Le temps retient son souffle.

Le couronnement de l'œuf
Statue sacrée, au faîte de sa gloire,
Couronne céleste
sur son ventre vidé.
En bas, les regards s'inclinent devant le commencement.
Sous la poussière de lune,
le vide veille.

Le bal de l'oubliée
Aux fenêtres, la fête tourne,
Souffle suspendu
hors du monde, hors du temps.
La vie danse sans elle.
Un cercle sans fin autour du commencement.

L'oubli de la nuit
Ce qui ne donne rien ne se garde pas.
Des mains, des portes closes,
fermées aux âmes percées.
Une étoile tombe,
Dans la nuit sans lune.
Un souffle, puis plus rien.

L'étreinte du Simurgh
Sous l'aile infinie du Simurgh,
le ventre s'ouvre au souffle,
Écho de mille vents.
Elle se dissout dans la plume,
Avec la mer pour seul témoin.
Sans nom, elle renaît.
Une nouvelle lune l'appelle.

La flamme qui forge
La mer se referme.
La pierre s'ouvre.
Dans le creux, une flamme danse,
douce, farouche.
Le feu ne se saisit pas.
Il entre, il consume.

Un monde nouveau sans fin
Les sabots de Bouraq
fendent un ciel sans lune.
Ils traversent le vide,
Sans commencement, sans fin,
Sans forme, sans nom.
Une lumière jaillit,
plus vive que le néant.

Ce qui brûle encore
La mer se souvient
des âmes de passage.
Pleine de vide, elle déborde.
Le feu trace sa frontière.
Mille flammes contre l'oubli.
Illuminer.

Blessure dans le vent
Le sable saigne.
Les sabots frappent.
Le vent exhume les cris.
La morsure fend la peau.
Le muscle se souvient.
La chair contre la lumière.
L'ombre contre le nerf.
La vérité éclate.

La gorge du vide
L'homme devient silence.
L'arbre ne tremble pas.
Dans l'ombre, elles se lèvent —
échos d'un ventre ouvert,
chœurs anciens,
naissance sans fin.
Elle n'est plus seule.

Naissance des mille têtes
Ventres vides, portes ouvertes.
De chacun naît une armée.
Pleine de rien, forte de tout.
Mille souffles — une seule voix.
La terre frémit,
puis s'incline.

Rage et sable, cendre et vent
Dans la poussière, la rage éclate.
Un corps, mille têtes,
un creux béant.
Le vent danse.
La terre tremble.
Le camp s'efface.

Unir le vide
Un corps, deux souffles.
L'un déchire, l'autre enlace.
Dents serrées, iris effleuré.
Sous l'ombre, une paix fragile.
Le silence ne blesse plus.
Le monde respire.

L'éclat du retour
Ce qui a fui retrouve sa forme oubliée.
Absente parmi les vivants,
la lune efface les blessures.
Les bras s'ouvrent.
Le vide se remplit.
Les yeux ne cherchent plus.

Viens, je t'emmène
Seule avec le vide,
une autre voix s'élève.
La lune noire rejoint la pleine.
L'ombre touche la lumière.
Le vide s'ouvre —
il devient chemin.
Tout renaît.

L'homme du plaisir
Quand le corps n'attend rien,
il reçoit tout.
La chair tremble,
la peau s'étire.
L'instant la traverse.
Rien à porter, rien à retenir.
Seulement l'abandon.

La féconde du vide
Rien n'a été semé.
Rien n'est fait pour fleurir.
Des ventres ouverts au vent.
Sans graines, sans fruits,
Ils font bouger la lune.
Le ciel se tait.
Le monde écoute.

Abîme fertile
Rien ne pousse — tout palpite.
Pleine de vide, vide de peur,
elle devient monde.
Sans œuf et sans attente.
L'invisible bouge.
Créer.




