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My grandmother always used to say…

My grandmother always used to say…

Fait partie de Chez Nausicaa

My grandmother always used to say… est un néon d’Esmeralda Kosmatopoulos qui écrit en lumière un proverbe grec de l’hospitalité, « Όλοι οι καλοί χωράνε » : il y a toujours de la place pour les gens bien. Réalisé pour Chez Nausicaa à Athènes, il fait passer une phrase de la table familiale à l’espace public, où sa générosité et son unique condition deviennent visibles en même temps.

MÉDIUM

Néon

MATÉRIAUX

Néon, plexiglas, transformateur · 230 × 29 × 3.5 cm

ANNÉE

2018

À propos

« Όλοι οι καλοί χωράνε » est le genre de phrase qu’on dit dans les maisons grecques quand il arrive une personne de plus qu’il n’y a de chaises. On se serre, on ajoute une assiette, on partage le banc : il y a toujours de la place pour les gens bien. Sa générosité appartient à l’intimité de la vie domestique, où accueillir quelqu’un n’est jamais vraiment une question de place, mais de volonté de partager ce qui est déjà là. Elle se transmet des grands-mères aux petits-enfants, répétée si souvent que plus personne ne l’entend, et porte en quelques mots l’éthique que l’Odyssée place au cœur de la société grecque : le devoir de recevoir l’étranger.

L’œuvre fait partie de Chez Nausicaa, les dîners qu’Esmeralda Kosmatopoulos a organisés à Athènes pour des habitants, des réfugiés et des voyageurs, à un moment où la Grèce se demandait combien de nouveaux arrivants elle pouvait accueillir. Autour de ces tables, le proverbe n’était plus une façon de parler. Il décrivait exactement ce qui se passait, et demandait si la facilité avec laquelle une famille fait de la place à un invité de plus pouvait s’étendre à ceux qui viennent de beaucoup plus loin.

Écrite en néon, la phrase quitte la cuisine et prend le langage d’une enseigne publique. Des mots prononcés autrefois à une table familiale deviennent une déclaration lumineuse adressée à quiconque entre dans la pièce. Dans l’exposition, le néon est accroché haut sur le mur, au-dessus des assiettes des dîners, en lettres grecques. Pour certains des invités assis à ces tables, les mots étaient illisibles sans traduction, si bien que l’accueil lui-même devait être expliqué. Le titre anglais, emprunté à la voix d’un petit-enfant, est à la fois une traduction et une distance : le proverbe arrive comme un souvenir et un héritage, porté d’une génération à l’autre et dans une autre réalité sociale.

Le proverbe contient aussi une condition. Il y a de la place pour les gens bien, mais qui décide de qui est bien ? Ce qui sonne comme une invitation inconditionnelle porte en lui la possibilité d’une sélection. La porte semble ouverte à tous, et pourtant la question de savoir qui mérite d’entrer reste sans réponse. Dans cette petite restriction, le dicton familier laisse transparaître les contradictions de toute une société, entre un idéal de générosité et les critères par lesquels elle décide qui peut entrer et qui peut rester.

L’œuvre ne célèbre pas la tradition et ne la rejette pas non plus. Elle rend au présent une phrase héritée, inchangée, et laisse son sens varier selon qui la lit, où on la rencontre, et qui l’on imagine se tenir à la porte. Entre la chaleur d’une voix de grand-mère et le langage des frontières, la lumière reste allumée, et la question avec elle.

Chez Nausicaa, Institut français, Athènes, GR

2018

Notes d'atelier