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Lacrimal Architecture

Fait partie de Bake Your Pain

Lacrimal Architecture est une installation d'Esmeralda Kosmatopoulos qui explore la manière dont le deuil se porte collectivement. Trois masques en pain, des cordes, des poulies et une sphère noire suspendue forment un réseau de tensions dans lequel le chagrin circule d'un corps à l'autre et se maintient dans l'espace grâce à un soutien partagé.

MÉDIUM

Sculpture

MATÉRIAUX

Pain, corde, bois

ANNÉE

2026

À propos

Lacrimal Architecture appartient à Bake Your Pain, un projet que Kosmatopoulos a commencé en 2023 après la mort soudaine de son père : après chaque vague de chagrin intense, elle pétrit de la pâte à pain pour en faire un masque, donnant une forme matérielle à un moment de douleur qui, sinon, s'évanouirait à mesure que sèchent les larmes. Ici, ce geste intime est multiplié et déplacé dans l'espace.

L'installation étudie les forces invisibles qui soutiennent le deuil et demande si le chagrin peut se comprendre comme une architecture physique : un système de tensions, d'équilibres et de liens à travers lequel le poids est sans cesse transmis et redistribué plutôt que résolu.

Trois masques en pain occupent l'espace comme un groupe de pleureuses. Les formes gonflées d'où sortent les cordes restent délibérément ambiguës : on peut les lire comme des yeux, mais aussi comme des seins, des pis ou des blessures. Cette instabilité éloigne le deuil du seul visage pour le ramener dans le corps. Dans les traditions de lamentation féminine, le chagrin se portait physiquement — par les larmes et la voix, mais aussi par la poitrine, les gestes et le corps tout entier. Ici, cette histoire corporelle devient structurelle. Les cordes sortent de formes qui sont à la fois des yeux et des seins, comme si pleurer et porter relevaient d'un même geste.

De ces points, les cordes traversent l'espace selon des trajectoires différentes. Certaines passent d'une pleureuse à l'autre, créant un réseau de transmission en zigzag ; d'autres changent de direction grâce à des poulies et se dirigent vers d'autres points d'appui. Ensemble, ces chemins reliés soutiennent une sphère noire suspendue qui condense à la fois la présence de la mort et le poids du deuil.

Rien dans le mécanisme n'est dissimulé. Cordes, poulies, nœuds et points de suspension restent visibles. Pourtant, ce que la structure révèle n'est pas le fonctionnement d'une machine, mais la présence de forces qui restent d'ordinaire imperceptibles. Une poulie ne supprime pas le poids ; elle change la manière dont il est porté. L'installation suit le même principe. Le deuil n'est ni effacé ni réduit. Son poids est déplacé, redirigé, transmis et partagé.

Aucune pleureuse ne porte ce poids seule. Il circule entre elles à travers un système de tension, de résistance et de soutien. Chaque pleureuse devient à la fois porteuse de chagrin et point structurel dont dépendent les autres. La sphère noire suspendue tient parce que le fardeau est collectif. Rien ne tombe.

Cette structure collective ne produit pas un équilibre parfait ou définitif. Le poids émotionnel ne peut se quantifier avec la précision d'une masse physique. Il s'accumule, se déplace, revient et se dépose ailleurs. Le deuil ne suit pas une progression linéaire vers une résolution. Il persiste à travers des ajustements continus entre les corps, les forces et les points d'appui.

L'installation n'imagine pas le chagrin disparaître avec le temps. Elle donne forme à la manière dont il perdure collectivement : porté, transmis et tenu en suspens.

Notes d'atelier