To Each Day Its Pain appartient à Bake Your Pain, un projet commencé par Kosmatopoulos en 2023 après la mort soudaine de son père. Dans les moments de profond chagrin, elle pétrit de la pâte à pain et façonne un masque — un autoportrait, mais pas à sa ressemblance. Le portrait fixe habituellement un visage ; ici, c'est le visage qui disparaît. Il reste deux formes gonflées à la place des yeux — que l'on peut encore lire comme des yeux, mais tout aussi bien comme des seins, des pis ou des tumeurs. Le masque ne décrit plus une personne. Il décrit un état que le corps a traversé.
Cette confusion entre visage et corps renvoie à quelque chose de plus ancien. Dans de nombreuses cultures méditerranéennes, le deuil se portait par le corps entier, et pas seulement par les larmes. Les femmes se frappaient la poitrine, découvraient leurs seins, s'arrachaient les cheveux — faisant du chagrin un langage physique et visible qui débordait ce que les mots pouvaient contenir. Dans les masques, cette histoire refait surface littéralement : les yeux qui pourraient être des seins ramènent l'acte de pleurer dans la poitrine, comme si le corps entier faisait le travail habituellement laissé au seul visage.
To Each Day Its Pain reprend cette logique et la multiplie. Plusieurs masques réalisés pendant une même période sont réunis en une seule composition murale — la même femme, transformée différemment par chaque moment de chagrin. Vus côte à côte, les visages répétés rappellent un chœur antique de pleureuses, ces femmes dont les voix, les corps et les gestes donnaient une forme collective au deuil. Sauf qu'ici, il n'y a pas de groupe. Chaque pleureuse du chœur est la même personne. Une seule femme devient multiple par l'accumulation de son propre chagrin au fil du temps.
Leur disposition sur le mur construit son propre rythme. Proximité, distance, densité et espace vide organisent la composition — les masques se resserrent à certains endroits et restent isolés à d'autres. Le mur commence à ressembler à une partition ou à un code qui attend d'être lu, où la répétition, le silence et l'intensité tiennent lieu de notation.
Le calendrier ne mesure pas le chagrin. Il rend son rythme visible — la manière dont la peine s'intensifie, se retire, revient et change de forme, sans jamais se stabiliser en une courbe prévisible.
Ce qui passe disparaît. Ce qui reste sur le mur en est la trace.