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Fait partie de It Is Always Summer Somewhere
Les Juilletistes est une série photographique d'Esmeralda Kosmatopoulos composée de 31 tirages retouchés pris depuis la même plage de Lesbos et disposés comme un calendrier géant de juillet 2018 — chaque image vidée de tous ses baigneurs et de tous ses bateaux, transformant un paysage marin méditerranéen familier en un paysage habité par l'absence.
MÉDIUM
Photographie
MATÉRIAUX
Tirages d'archives, dimensions variables
ANNÉE
2019
Les Juilletistes — Vue d'installation — Cincinnati, États-Unis
Les Juilletistes appartient à It Is Always Summer Somewhere, un projet pluridisciplinaire né de deux mois passés par l'artiste sur l'île de Lesbos à l'été 2018. Habitants, touristes, migrants et garde-côtes européens occupaient la même île tout en entretenant des rapports radicalement différents à ses rivages et à la mer qui l'entoure.
Pour certains, la Méditerranée apparaissait comme un paysage de vacances ou un gagne-pain. Pour d'autres, c'était une route vers l'Europe, une frontière sous surveillance ou un passage dangereux dont l'arrivée n'était jamais garantie. Ces réalités coexistaient dans le même paysage sans forcément être visibles les unes pour les autres.
En marchant sur une plage publique fréquentée par les habitants et les touristes, l'artiste a marché sur les restes d'un bateau pneumatique à moitié enfoui dans le sable. Le bateau avait servi à des migrants pour traverser de la côte turque jusqu'à Lesbos, puis avait été abandonné une fois l'île atteinte. Oublié sur la plage et jamais enlevé par les autorités locales, il restait parmi les baigneurs comme la trace matérielle d'un passage dont les passagers et les circonstances n'étaient plus visibles.
En partant de ce qui restait au terme de la traversée, l'artiste a commencé à essayer d'imaginer le voyage qui l'avait précédé. Le bateau ne pouvait révéler qui l'avait emprunté, ce qui s'était passé en mer ni ce qu'étaient devenus ses passagers après leur arrivée. Il marquait la fin d'une histoire inconnue tout en devenant le point à partir duquel cette histoire pouvait commencer à être reconstruite.
Pendant tout le mois de juillet 2018, l'artiste est revenue chaque jour au même endroit de la plage. Elle observait l'horizon et photographiait la même vue sur la mer, comme si elle regardait en arrière vers le moment qui avait précédé l'arrivée du bateau sur le rivage. Au lieu de suivre la traversée du départ vers l'arrivée, l'œuvre commence par la trace laissée à sa fin et se retourne, par-delà l'eau, vers un commencement inaccessible.
Sa présence répétée sur le rivage rappelle l'image familière des femmes de marins guettant l'horizon dans l'attente d'un bateau. Ici pourtant, l'attente est déréglée : le bateau est déjà arrivé et a été abandonné sur la plage. L'artiste guette un signe de ce qui s'est passé pendant la traversée manquante, mais aussi un signe du prochain bateau qui pourrait apparaître. L'horizon contient le passage qui a déjà eu lieu et la possibilité d'un autre à venir. Passé et futur sont attendus en même temps depuis le même rivage.
Les 31 photographies qui en résultent sont disposées comme un calendrier visuel géant, une image pour chaque jour de juillet. Le titre renvoie au mot « juilletistes », qui désigne les vacanciers prenant leurs congés annuels en juillet. Il inscrit l'œuvre dans le rythme réglé du tourisme estival : le départ programmé, le mois à la plage et la perspective de rentrer chez soi une fois les vacances terminées.
Après avoir pris les photographies, l'artiste a retiré des images chaque baigneur et chaque bateau. Elle n'a pas reconstitué l'arrière-plan pour dissimuler l'intervention. Chaque forme retirée a été remplacée par un simple rectangle blanc, rendant la retouche délibérément visible.
Un rectangle peut recouvrir un touriste, un habitant, un bateau de pêche, un ferry ou une autre embarcation traversant la même eau. Une fois réduites à la même forme vide, ces présences ne peuvent plus être attribuées avec certitude à une identité, une direction ou une raison de voyager. Le spectateur sait que quelque chose occupait l'image, mais ne peut déterminer qui ni quoi.
La retouche donne ainsi une forme visible à l'absence. D'un jour à l'autre du calendrier, les rectangles s'accumulent jusqu'à ce que l'image familière de l'été méditerranéen soit habitée par tout ce qu'elle ne montre plus. La mer, la lumière et l'horizon demeurent, tandis que les corps et les bateaux ne survivent que comme des interruptions dans le paysage.
Le temps circule dans plusieurs directions à travers Les Juilletistes. Le calendrier le mesure de façon linéaire, un jour après l'autre. La découverte du bateau abandonné l'inverse, reconstruisant une traversée à partir du fragment trouvé à sa fin. L'histoire le rend circulaire : les arrivées contemporaines à Lesbos entrent en relation avec des déplacements plus anciens sur la même mer, dont l'échange forcé de populations entre la Grèce et la Turquie en 1923.
Ces traversées ne sont pas présentées comme équivalentes. Leur répétition révèle comment une même géographie peut devenir, encore et encore, un lieu d'exil, les directions du départ et de l'arrivée changeant d'une génération à l'autre tandis que l'horizon semble inchangé.
Les Juilletistes regarde vers la mer pour y chercher une histoire que le paysage ne peut pas entièrement rendre. Chaque image cherche la trace de ce qui est déjà passé et le signe de ce qui pourrait encore arriver.
Le calendrier avance. L'histoire revient. L'horizon demeure.