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Tout ce qui brille n'est pas de l'or

Tout ce qui brille n'est pas de l'or est une installation sculpturale d'Esmeralda Kosmatopoulos dans laquelle des fragments d'un bateau de migrants trouvés à Lesbos deviennent le point de départ d'une mythologie contemporaine de l'exil. Recouverts de feuille d'or et posés sur le sable, les restes apparaissent à la fois comme un trésor enfoui, des vestiges antiques et les traces d'une traversée récente de la Méditerranée.

MÉDIUM

Sculpture

MATÉRIAUX

Caoutchouc, feuille d'or, sable

ANNÉE

2019

À propos

Tout ce qui brille n'est pas de l'or appartient à It Is Always Summer Somewhere, né de deux mois passés par l'artiste à Lesbos à l'été 2018. Le même littoral abritait à la fois des vies très différentes : une plage où l'on se fait bronzer, une frontière sous surveillance, un gagne-pain, un point d'arrivée à l'issue toujours incertaine. Rien à la surface ne séparait ces réalités les unes des autres.

En marchant sur une plage publique fréquentée par les habitants et les touristes, l'artiste a marché sur les restes d'un bateau pneumatique à moitié enfoui dans le sable. Le bateau avait servi à des migrants pour traverser de la côte turque jusqu'à Lesbos, puis avait été abandonné une fois l'île atteinte. Ses passagers étaient partis et les circonstances de leur voyage ne pouvaient plus être retrouvées. Il ne restait que le caoutchouc déchiré.

L'artiste a recueilli des fragments du bateau, a recouvert leur surface de feuille d'or et les a posés sur le sable. Elle n'a pas cherché à reconstruire l'embarcation ni à lui rendre sa forme d'origine. Chaque pièce reste séparée et conserve les déchirures, les déformations et les bords irréguliers produits par la traversée puis l'abandon.

L'œuvre s'approprie l'imagerie familière du trésor enfoui dans le sable et l'applique à un objet auquel elle n'était jamais destinée. Ce qui semble avoir été exhumé n'est pas un trésor légendaire, mais les restes matériels d'un passage de migrants. Par l'ajout de l'or, un objet laissé comme un débris prend la présence de quelque chose de précieux, de mystérieux et digne d'être conservé.

Cette transformation change aussi le rapport du fragment au temps. À moitié enfoui, brisé et doré, il semble avoir été mis au jour plutôt que récemment abandonné. Il pourrait s'agir d'une épave contemporaine, d'une relique antique ou d'un objet archéologique à travers lequel un futur visiteur tenterait de reconstituer notre présent.

Le fragment du bateau est donc à la fois la dernière trace d'un voyage et le point de départ d'un autre, imaginaire. Il ne peut révéler qui a voyagé à bord ni ce qui s'est passé pendant la traversée. Il ouvre plutôt un espace dans lequel l'histoire absente peut être reconstruite à rebours, en partant de ce qui a été trouvé après sa fin.

À partir de ce fragment, le passage prend la structure d'un mythe : un voyage inconnu, des protagonistes absents et un objet survivant à travers lequel leur histoire continue d'être racontée. Le vestige ne documente pas la traversée dans son ensemble. Il lui permet de perdurer au-delà du moment où elle a eu lieu.

Pourtant, l'or ne transforme jamais complètement ce qui se trouve en dessous. Appliquée comme une surface fine et fragile, la feuille se craquelle sur le caoutchouc abîmé, laissant réapparaître sa noirceur et ses irrégularités. De loin, les fragments semblent lumineux et précieux. De près, la surface se fissure et la réalité matérielle du bateau revient.

Le contraste évoque discrètement l'ailleurs rêvé qui peut accompagner l'exil : l'espoir d'une autre rive et d'un autre avenir. Comme un Eldorado, cet avenir peut paraître doré de loin, tandis que la réalité rencontrée après la traversée se révèle bien plus fracturée. L'œuvre n'illustre pas directement cette désillusion ; elle la laisse émerger de la tension matérielle entre l'éclat de la surface et ce qui reste visible dessous.

L'or rend les fragments visibles sans les réparer. Il donne aux restes l'apparence d'un trésor tout en préservant les dommages qui contredisent cette apparence.

Tout ce qui brille n'est pas de l'or commence par un trésor découvert dans le sable et révèle peu à peu l'épave qu'il contient. Le voyage est terminé, mais le vestige continue de porter sa promesse, sa fracture et son histoire.

Notes d'atelier