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Unlike the Grass

Unlike the Grass interroge la promesse d'une vie meilleure ailleurs et les conditions inégales qui déterminent si elle peut être atteinte. Dans cette œuvre LED, Esmeralda Kosmatopoulos déplace le proverbe anglais « the grass is always greener on the other side » — l'herbe est toujours plus verte de l'autre côté — d'un paysage à un autre : quand l'herbe devient la mer, « l'autre côté » n'est plus une alternative rêvée mais une rive lointaine dont une frontière nous sépare.

MÉDIUM

Installation

MATÉRIAUX

LED, 30 x 200 x 15 cm (9 x 80 x 4 in)

ANNÉE

2019

À propos

Unlike the Grass appartient à It Is Always Summer Somewhere, développé pendant deux mois passés par l'artiste sur l'île de Lesbos à l'été 2018. Sur cette île, la mer n'était jamais une seule chose. Elle était un loisir pour les uns et, pour d'autres, une frontière à franchir, dont la rive opposée portait la promesse — jamais garantie — d'une autre vie.

L'œuvre part du proverbe « l'herbe est toujours plus verte de l'autre côté ». Dans son usage courant, l'expression décrit une forme familière d'insatisfaction : la tendance à imaginer qu'un autre lieu, une autre vie ou d'autres circonstances sont forcément meilleurs que les nôtres.

Unlike the Grass arrache ce désir intime à son cadre inoffensif et métaphorique pour le placer dans la géographie de la Méditerranée. Ici, « l'autre côté » devient littéral. C'est un autre pays, un autre territoire juridique et un autre avenir possible, visible de l'autre côté de l'eau mais inaccessible sans affronter la frontière qui sépare une rive de l'autre.

Le déplacement du proverbe en change le sens. Le désir d'atteindre la rive opposée ne peut plus être réduit à l'envie ou à l'illusion que la vie est plus facile ailleurs. Il soulève une autre question : quelles conditions rendent impossible de rester, et à qui accorde-t-on la liberté d'aller vers l'avenir qu'il imagine ?

Unlike the Grass dialogue avec La morale de l'histoire et avec la fable d'Ésope du naufragé et de la mer, qui fournit la structure narrative de la série dans son ensemble. Dans la fable, un naufragé accuse la mer de son malheur, tandis que la mer renvoie la responsabilité au vent. L'échange fait de la faute quelque chose de sans cesse déplacé, passé d'une force à une autre sans jamais se fixer.

Dans la crise migratoire contemporaine, la responsabilité suit un chemin tout aussi instable. Elle circule entre la mer, la météo, les passeurs, les gouvernements, les frontières et ceux qui tentent eux-mêmes la traversée. En transformant un proverbe familier en énoncé lumineux, l'œuvre montre avec quelle facilité des conditions politiques peuvent être traduites en désir individuel — comme si l'exil résultait simplement de la croyance que la vie pourrait être meilleure ailleurs.

La LED donne à la phrase la visibilité immédiate d'une enseigne publique. Sa lumière offre la clarté d'un message simple, mais la phrase refuse de rester simple. Ce qui ressemble d'abord à une sagesse populaire familière devient de plus en plus difficile à répéter une fois que « l'autre côté » est compris comme une véritable rive.

Le proverbe imagine deux champs voisins et une limite que l'on peut franchir. La mer introduit une autre échelle de distance, de danger et de conséquences. Contrairement à l'herbe, l'autre côté de cette frontière-là ne s'atteint pas d'une simple enjambée.

Ce qui paraît plus vert de loin n'est peut-être pas plus sûr que le lieu que l'on a quitté. L'œuvre ne réduit pas pour autant l'ailleurs rêvé à une illusion. Elle demande pourquoi cette projection devient nécessaire, ce qui la rend assez puissante pour provoquer une traversée, et qui porte la responsabilité de la distance entre sa promesse et sa réalité.

L'autre côté reste visible. L'atteindre est une autre affaire.

Notes d'atelier