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If the Nose of Cleopatra… est une série artistique pluridisciplinaire d'Esmeralda Kosmatopoulos qui s'empare de la figure de Cléopâtre pour examiner comment les récits historiques sont construits, corrigés et transmis à travers le temps. Par la sculpture, l'installation et la recherche en archives, le projet aborde Cléopâtre non comme un visage à reconstituer, mais comme une surface sur laquelle les époques successives ont projeté leurs propres imaginaires politiques, culturels et idéologiques.
About 2 Inches Long — Vue d'installation — Institut du monde arabe, Paris
If the Nose of Cleopatra… examine comment des représentations répétées peuvent acquérir l'autorité de l'histoire. Blaise Pascal a écrit que si le nez de Cléopâtre eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. Ce projet renverse la proposition : plutôt que de chercher un visage authentique derrière l'archive, il suit les images, les textes et les récits accumulés autour de Cléopâtre et demande ce qu'ils révèlent de ceux qui les ont produits.
Le projet se déploie à travers trois œuvres qui circulent entre représentation visuelle, écriture historique et corps contemporain. Dans About 2 Inches Long, cinquante nez tirés de cinquante représentations de Cléopâtre dans l'histoire de l'art occidental sont sculptés dans le marbre et réunis en une nasothèque. Ensemble, ils ne composent pas un portrait, mais une archive de la variation. Le plus petit trait devient le lieu où l'instabilité de l'image entière devient visible.
Cette instabilité se prolonge dans SECOND DRAFT, qui revient aux plus anciens récits romains conservés sur Cléopâtre. Les passages qui la dépeignent en séductrice manipulatrice sont barrés, corrigés et réécrits, tandis que chaque intervention reste visible. L'œuvre ne remplace pas une vérité historique par une autre. Elle expose l'histoire comme une composition faite de sélections, d'omissions et de révisions.
Dans I Want to Look Like Cleopatra, le même processus atteint le corps lui-même. Trois chirurgiens esthétiques sont invités à partir des traits ptolémaïques attestés de Cléopâtre et à imaginer les interventions nécessaires pour la transformer en chacune des actrices qui l'ont incarnée plus tard. Le sens de la ressemblance est inversé : Cléopâtre n'est plus le modèle, mais le visage qu'il faut modifier pour le conformer à la fiction qui l'a remplacée.
Tout au long du projet, l'image, le texte et le corps deviennent les différents lieux d'une même transformation. Un fragment est répété jusqu'à devenir une archive. Un récit historique devient un brouillon visible. Un visage antique est mesuré à l'aune d'un idéal de beauté contemporain.
L'histoire a développé différentes manières de faire disparaître les femmes puissantes. Certaines, comme Hatchepsout, ont été effacées : leurs monuments mutilés, leurs noms supprimés et leurs visages délibérément détruits. Cléopâtre a connu le sort inverse. Elle est restée visible, mais a disparu sous l'accumulation des images et des récits produits en son nom.
Au fil des siècles, elle a été successivement imaginée en souveraine, en séductrice, en fantasme oriental, en icône nationale et en figure féministe. Ces versions ne décrivent pas simplement Cléopâtre. Elles révèlent les ambitions politiques, les idéaux esthétiques et les angoisses culturelles des sociétés qui les ont créées. Son visage changeant devient l'archive du regard changeant porté sur elle.
Ces œuvres ne cherchent pas à retrouver une Cléopâtre définitive cachée sous des siècles de déformation. Elles examinent ce qui a été produit dans l'espace laissé par son absence, et comment chaque nouvelle représentation a participé à remodeler non seulement son image, mais aussi des idées plus larges du pouvoir, de la beauté et de la féminité.
Cléopâtre est partout, et pourtant elle disparaît sous ses images.
La répétition transforme la représentation en croyance historique.
If the Nose of Cleopatra…, Darb 1718, Le Caire, EG