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Canticum canticorum meum

Fait partie de Caressing Walls

Canticum canticorum meum est une série photographique d'Esmeralda Kosmatopoulos qui transforme les métaphores érotiques du Cantique des Cantiques en une suite de rencontres physiques. Dans chaque triptyque photographique, une main passe du toucher d'un fruit ou d'un aliment réel à cette substance devenue elle-même, sur le corps de l'être aimé, pour toucher enfin le mot qui la nomme.

MÉDIUM

Photographie

MATÉRIAUX

Série de triptyques, tirages chromogènes

ANNÉE

2021

À propos

Canticum canticorum meum s'inspire directement du Canticum canticorum Salomonis, ou Cantique des Cantiques, un recueil de poèmes d'amour bibliques écrits vers le IIIe siècle avant notre ère. Bien qu'il ait ensuite été interprété comme une allégorie de la relation entre Dieu et les fidèles, son sujet littéral est le désir physique partagé par deux amants.

Le texte parle sans cesse du corps tout en décrivant rarement le toucher sexuel de façon directe. Le désir passe plutôt par un vocabulaire de vergers, de vignes, de fruits, de lait, de miel et de vin — grenades, pommier dont le fruit est doux au palais, lèvres qui distillent la douceur comme un rayon de miel, vin et lait bus ensemble. La nourriture devient l'intermédiaire par lequel un corps peut être imaginé, goûté et approché par un autre.

Kosmatopoulos construit chaque triptyque à partir de l'un de ces passages. La première photographie montre la main de l'un des deux amants réels touchant l'aliment nommé dans le verset : grenade, pomme, figue, raisin, miel ou lait. La dernière montre la même main touchant le mot écrit qui le désigne. Entre l'objet et le langage se trouve le centre érotique de la séquence : la main se transforme en l'aliment lui-même et entre en contact avec une partie du corps de l'autre amant.

Le triptyque circule ainsi entre trois formes de présence distinctes. L'aliment existe comme objet tangible ; le mot existe comme signe imprimé sur le papier ; l'image centrale fait de la métaphore un événement du corps. Une main couverte de miel, changée en grappe de raisin ou fondue dans la chair d'une figue n'illustre pas simplement le verset biblique. Elle traverse la distance entre ce que le langage nomme et ce que le corps peut sentir.

L'œuvre donne aussi à la métaphore une structure réciproque. La main n'est pas seulement l'instrument qui touche l'être aimé ; elle est transformée par la substance à travers laquelle la rencontre a lieu. Elle devient collante, tachée, adoucie, ou visuellement absorbée dans le fruit. Le toucher change le corps qui en prend l'initiative autant que la surface qu'il atteint.

En se plaçant, avec son compagnon, à l'intérieur du texte biblique, Kosmatopoulos ne met pas en scène ses amants comme des personnages historiques. Elle se sert de leurs propres corps pour construire un passage personnel à travers son imaginaire érotique. Les versets anciens ne deviennent ni illustration sacrée ni reconstitution littérale, mais une partition à travers laquelle des corps contemporains éprouvent la relation entre sensation et langage.

Dans Caressing Walls, Canticum canticorum meum occupe l'intervalle entre la peau et le papier. Les mots peuvent évoquer le goût, la texture et le désir, mais ils ne peuvent pas fournir la présence physique qu'ils décrivent. Le toucher traverse cet intervalle sans l'abolir : le fruit reste une image, le mot reste un signe, et l'amant reste un autre corps.

Chaque triptyque commence par la matière, passe par la métaphore et s'achève dans le langage. En son centre, la main fait brièvement se toucher les trois.

Notes d'atelier