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Tangor ergo sum

Fait partie de Caressing Walls

Tangor ergo sum — « Je suis touché, donc je suis » — est une installation de néon d'Esmeralda Kosmatopoulos qui déplace l'existence de la certitude de la pensée vers la vulnérabilité du corps. La proposition aborde le toucher comme l'événement par lequel le soi rencontre à la fois la présence physique de l'Autre et sa propre condition de matière sensible.

MÉDIUM

Néon

MATÉRIAUX

Néon

ANNÉE

2021

À propos

Tangor ergo sum part du déplacement de l'une des propositions les plus familières de la philosophie. Avec Cogito ergo sum — « Je pense, donc je suis » —, Descartes fonde l'existence sur la certitude de la pensée. Kosmatopoulos remplace cogito par tangor, la forme passive latine du toucher : je suis touché. L'existence n'apparaît plus comme la conclusion d'un esprit autonome réfléchissant sur lui-même, mais comme quelque chose que l'on éprouve à travers un corps exposé à ce qui lui est extérieur.

Le passage de la pensée au fait d'être touché est aussi un passage de l'activité à la réceptivité. La phrase ne déclare pas « je touche » ; elle commence par quelque chose qui m'arrive. Un autre corps, une surface ou une présence atteint le mien. Le soi n'est donc pas présenté comme clos et autosuffisant, mais comme vulnérable au contact et constitué par sa relation à un monde qu'il ne peut entièrement maîtriser.

Ce primat de l'existence incarnée rappelle le refus nietzschéen d'un soi détaché du corps. La pensée ne précède pas la vie depuis une position extérieure : elle émerge d'un organisme vivant, avec ses sensations, ses pulsions, ses limites et ses rencontres. Tangor ergo sum n'oppose pas tant la pensée au corps qu'elle ne la ramène à la condition physique qui la rend possible.

La notion de corps touchant-touché chez Maurice Merleau-Ponty donne à la proposition une autre dimension. Lorsqu'une main en touche une autre, la main qui touche peut simultanément se sentir touchée. Elle circule entre sujet et objet, action et réception, sans se fixer durablement dans l'une ou l'autre position.

L'existence de l'Autre apparaît à travers cette même réciprocité. Le contact rencontre une surface qui répond et résiste. L'Autre n'est pas confirmé comme une pensée ou une image, mais comme une présence physique qui reste extérieure au soi. Pourtant, le geste qui rend l'Autre perceptible renvoie aussi le soi à son propre corps : je me sens là où quelque chose d'extérieur atteint ma peau.

Écrite en néon, la phrase occupe une position instable entre énoncé et sensation. Le néon est visible, mais sa lumière n'a aucune surface que l'on puisse saisir. Elle se répand sur le mur et pénètre l'espace du visiteur, rendant les mots physiquement présents sans leur donner un corps que l'on pourrait tenir.

Dans Caressing Walls, Tangor ergo sum agit comme une proposition à partir de laquelle se déploient les autres œuvres. La peau devient le lieu où le soi est à la fois séparé du monde et ouvert à lui. Le toucher n'efface pas cette frontière. Il en rend les deux côtés perceptibles.

Je suis touché. Je rencontre quelque chose qui n'est pas moi. Je me sens devenir corps. Donc je suis.

Notes d'atelier