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Fait partie de Caressing Walls
Toccati da est une installation sculpturale d'Esmeralda Kosmatopoulos qui interroge la frontière entre l'image d'un corps et son existence physique. Kosmatopoulos isole les mains du Christ et de Marie-Madeleine dans six peintures italiennes du Noli me tangere, en conservant leurs gestes d'origine tout en déplaçant leurs positions, jusqu'à ce que le contact interdit par la scène biblique ait enfin lieu.
MÉDIUM
Sculpture
MATÉRIAUX
Bois, tempera à l'œuf, métal et feuille d'or
ANNÉE
2021
Toccati da appartient à Caressing Walls, un ensemble d'œuvres qui explore la peau comme frontière entre soi et le monde, entre l'image et la matière, entre la visibilité et la présence physique. L'œuvre revient au Noli me tangere, l'une des rencontres les plus souvent représentées après la Résurrection : le Christ apparaît à Marie-Madeleine, qui le reconnaît et tend la main vers lui, mais il lui interdit de toucher son corps.
La scène repose sur un paradoxe. Le Christ est visible, mais sa présence physique reste incertaine. Il est revenu sous une forme corporelle, mais l'interdiction du toucher le maintient entre apparition et incarnation. La distance qui sépare leurs mains devient le point où la représentation s'arrête et où la présence physique commence.
Kosmatopoulos a choisi six interprétations italiennes de la scène, liées au Trecento et à sa suite, dont des peintures de Duccio di Buoninsegna, Jacopo di Cione, Cenni di Francesco di Ser Cenni et Fra Angelico. De chaque composition, elle a retiré le paysage, le décor religieux et les corps des deux figures, pour ne garder que leurs mains.
Ce retrait concentre la scène sur son geste non résolu. Le Christ et Marie-Madeleine n'apparaissent plus comme des figures complètes dans une image narrative. Leurs corps sont réduits aux parties par lesquelles le contact pourrait avoir lieu : une main s'approche, une autre se retire, se détourne ou refuse. Détachées des figures auxquelles elles appartenaient, les mains cessent de décrire un événement et deviennent l'événement lui-même.
Leurs gestes restent fidèles à ceux des peintures d'origine, mais leur relation spatiale change. Kosmatopoulos sort les mains du plan pictural et les réunit dans l'espace en trois dimensions. Elle ne redessine pas les gestes et n'invente pas une autre fin à l'histoire biblique. Elle referme l'intervalle maintenu par l'image jusqu'à ce que les deux surfaces se rencontrent enfin.
Par ce déplacement, Toccati da transforme un corps représenté en un corps rencontré par le contact. Une image peut rendre un corps visible tout en préservant sa distance avec celui qui regarde. Le toucher exige autre chose : une surface, une résistance matérielle et la présence de quelque chose d'extérieur à soi.
Le contact entre les mains rappelle aussi la notion de main touchante-touchée de Maurice Merleau-Ponty. Une main ne peut toucher sans devenir en même temps capable d'être touchée. La distinction entre actif et passif, sujet et objet, vacille au point de contact.
Ce rapport entre image et corps prend un sens nouveau à une époque où les images peuvent produire des figures de plus en plus convaincantes sans qu'aucun corps physique n'ait existé avant elles — des figures que l'on peut voir et faire circuler, mais qui n'ont ni surface ni poids. Toccati da demande ce qui distingue l'apparence d'un corps de son existence matérielle.
Installées ensemble, les six rencontres sculpturales restent autonomes. Posées sur de fins supports métalliques anguleux et réparties dans la salle, elles apparaissent comme des gestes suspendus à l'instant du contact. Au-dessus d'elles, les mots noli me tangere restent allumés. L'interdiction n'a pas disparu, mais les sculptures la contredisent sans cesse : ce que l'image tenait à distance, l'installation le met en relation physique.
Toccati da commence avec des corps que l'on peut voir mais pas toucher, et se termine avec des mains dont le contact rend la présence réelle.