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Noli me tangere

Fait partie de Caressing Walls

Noli me tangere est une installation de néon d'Esmeralda Kosmatopoulos qui transforme une interdiction biblique en lumière. Écrits en néon blanc sur un mur à la feuille d'or, les mots occupent l'espace autrefois réservé à l'image sacrée : un ordre adressé à un corps absent, et à chaque visiteur qui s'en approche. L'œuvre demande où le contact s'arrête et où la possession commence.

MÉDIUM

Néon

MATÉRIAUX

Néon et feuille d'or

ANNÉE

2021

À propos

Noli me tangere tire son titre des paroles du Christ à Marie-Madeleine après la Résurrection. Elle le reconnaît et s'avance vers lui, mais la rencontre est interrompue par une injonction traditionnellement traduite par « Ne me touche pas ». Un corps est revenu à la visibilité tout en restant inaccessible à la main.

La phrase latine porte une ambiguïté importante. On peut la comprendre non seulement comme « ne me touche pas », mais aussi comme « ne me retiens pas ». Cette nuance déplace le sens de l'interdiction. Le toucher peut être une rencontre passagère entre deux corps ; retenir cherche à garder l'Autre, à empêcher son départ ou à transformer le contact en possession.

Kosmatopoulos retire de la scène biblique les figures, le paysage et l'action narrative. Aucun corps n'apparaît sous les mots et aucune main ne tente de franchir la distance qui les sépare. Seule l'interdiction demeure. Détachée de la voix qui l'a prononcée la première fois, la phrase ne s'adresse plus seulement à Marie-Madeleine. Elle s'étend sur le mur et rencontre chaque personne qui entre dans l'espace.

Son écriture manuscrite donne à l'ordre une qualité intime, comme s'il avait été adressé en privé par un corps à un autre. Le néon, pourtant, appartient tout autant au langage public des enseignes, des consignes et des avertissements. L'œuvre tient ces registres ensemble : une limite personnelle devient une déclaration spatiale.

Le mur à la feuille d'or rappelle le fond lumineux des icônes religieuses, mais la figure sacrée en a disparu. L'or n'entoure plus un corps représenté ; il amplifie une absence. La surface reflète le néon jusqu'à ce que les lettres perdent leurs contours et que l'injonction devienne une atmosphère de lumière.

Cette lumière introduit la contradiction centrale de l'œuvre. Les mots refusent le toucher, mais la lumière qu'ils émettent ne peut rester contenue. Elle atteint l'or, se répand sur le mur et entre dans l'espace du visiteur. Nous ne pouvons pas la saisir, mais nous sommes déjà pris dans ses effets.

Le mur intensifie ce paradoxe. Il est à la fois le support qui permet à la phrase d'apparaître et la limite physique qui empêche le passage. L'or semble dissoudre sa solidité dans le rayonnement, et pourtant le mur reste matériellement présent devant le visiteur. Comme la peau, il communique par sa surface tout en protégeant ce qui se trouve au-delà.

Noli me tangere et Toccati da occupent des positions opposées au sein d'une même rencontre interrompue. Dans Toccati da, les mains extraites de peintures historiques sont replacées jusqu'à ce que le contact interdit ait lieu. Ici, les corps disparaissent et l'interdiction reste intacte.

Dans Caressing Walls, l'ordre n'est donc pas simplement un refus de l'intimité. Il définit la limite à travers laquelle l'intimité doit négocier son existence. S'approcher d'un autre corps n'est pas l'acquérir ; toucher n'est pas forcément retenir.

Les mots disent : ne me touche pas. Leur lumière nous a déjà atteints.

Notes d'atelier